College-pour-les-parents
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L'école et ses stratèges. Les pratiques éducatives des nouvelles classes supérieures. Philippe GOMBERT, Presses Universitaires de Rennes, 2008
L'ouvrage très intéressant de Philippe Gombert ne nous éclaire pas seulement sur le rapport à l'Ecole "des nouvelles classes supérieures", il propose aussi au lecteur une brève
histoire des associations de parents d'élèves et une description du nouveau cadre économico-culturel auquel l'Ecole est sommée de s'adapter.
Pour Philippe Gombert les cadres du privé des grandes entreprises ou de la nouvelle économie caractérisés par leur haut niveau d'éducation et leur mobilité internationale tendraient à suppléer les classes moyennes du public (cadres du public, enseignants, ...) en orientant jourd'hui les nouvelles politiques éducatives.
Parmi les demandes récurrentes des cadres du secteur privé on trouve la nécessité d'ouvrir l'Ecole aux parents, premiers éducateurs de leurs enfants. Beaucoup de familles souhaiteraient que le système éducatif français s'inspire du modèle américain où les parents à travers leurs associations orientent les contenus et les valeurs que sont chargés de transmettre les enseignants.
Une critique de l'Ecole à la lumière de l'Entreprise
L'Ecole française est également critiquée pour son encyclopédisme, son élitisme (sélectionner les futurs énarques) et son incapacité à préparer les enfants à un environnement concurrentiel où il
faut savoir innover, travailler en équipe, parler l'anglais et bien comprendre le fonctionnement des entreprises. L'Ecole est jugée archaique pour ses méthodes et ses contenus mais
aussi en raison de son fonctionnement bureaucratique. Les parents acceptent mal l'écart entre les exigences d'une économie de marché où il faut être flexible, réactif, innovateur pour
réussir et "survivre" et une administration qui surprotège ses fonctionnaires et les mobilise finalement peu au quotidien pour faire réussir les élèves. Une mère cadre interrogée ne cache pas son
agacement en parlant de l'Education Nationale "une entreprise qui aurait de tels résultats aurait disparu depuis longtemps !".
Les nouvelles classes supérieures reprochent encore aux professeurs leur faible utilisation des TIC (technologie de l'information et de la communication), leur manque d'implication dans leur
travail ou dans la vie de leur établissement et parfois même leurs connaissances universitaires jugées insuffisantes.
La conclusion est sans appel: le système éducatif français doit se réformer rapidement sinon les parents des classes supérieures seront encore plus nombreux à inscrire leurs enfants dans les
établissements privés.
L'ouvrage de Philippe Gombert invite à la discussion: l'épaisseur sociologique des nouvelles classes supérieures peut être interrogée comme le poids réel des usagers dans les politiques
éducatives.
Cadres du privé et cadres du public: une séparation discutable
L'auteur affirme que les nouvelles classes supérieures issues du secteur privé auraient remplacé dans leur rôle d'usagers exigeants les classes moyennes du secteur public... ce constat est sans
doute vrai en région parisienne beacoup moins en province ! Est-il d'ailleurs si sûr que leurs revendications soient bien différentes: ouverture aux parents, adaptation de l'Ecole à une
économie mondialisée, priorité aux compétences, enseignement de l'anglais renforcé, etc... les cadres du privé et du public ne portent-ils pas aujourd'hui les mêmes revendications
? Philippe Gombert constate lui-même un rapprochement des plates-formes de la FCPE et la PEEP.
L'usager: un acteur concret ou un levier de changement ?
En prenant appui sur la volonté des classes supérieures d'investir l'Ecole, l'auteur en arrive à la conclusion que les parents jouent désormais un rôle important dans la régulation des
politiques éducatives... l'expérience quotidienne indique plutôt que les acteurs de l'Ecole gardent en France une emprise forte ! En revanche, la nouveauté c'est que la satisfaction de
l'usager devient un levier de changement... pour l'encadrement. Les parents peuvent faire chaque jour le constat qu'ils sont globalement disqualifiés pour agir dans et sur l'Ecole car
cela suppose des ressources qu'ils n'ont pas: du temps, une connaissance des rouages approfondie, une expertise pédagogique et éducative, une capacité réelle à peser sur les orientations des
établissements, etc. ...
Pas plus que le client d'une banque peut influer sa politique tarifaire, l'usager du service public ne peut intervenir sur les politiques éducatives !
La véritable bagarre se déroule dans l'Ecole entre les partisans d'une Ecole au service du public (car c'est en étant à l'écoute des besoins de la Société que le service public
pourra renforcer sa légitmité) et les partisans d'une Ecole au service d'idéaux anti-utilitaristes présentés comme seuls légitimes.
Finalement, la question est de taille: quelles sont aujourd'hui les missions du service public d'éducation et... quels moyens est-on prêt à lui donner pour les atteindre ? Est-il possible de
trouver un (nouveau ?) compromis entre la préparation au monde tel qu'il est et la diffusion de valeurs et d'outils pour critiquer et questionner le monde dans lequel nous vivons ?
Une Ecole qui ne chercherait pas à concilier (même de façon maladroite !) ces deux exigences.... serait-elle d'ailleurs encore une Ecole ?